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Retoucher ses photos de voyage, par Gaspard Walter

Nous avons le plaisir de vous présenter aujourd’hui une nouvelle rubrique dans le blog travel VOX : la photo en voyage. Cette rubrique sera animée par Gaspard Walter grand voyageur, photographe et écrivain. Il partagera avec vous quelques trucs et astuces simples et efficaces pour optimiser vos photos de voyage, tout en vous faisant vivre les endroits qu’il a eu l’occasion de photographier.

Gaspard est l’auteur de l’excellent ouvrage Ticket To Thaïlande et prépare actuellement les futures ouvrages de la collection Ticket To en Asie du Sud Est.

Voici donc sa première chronique : la décomposition d’une image, à Mui Ne au Vietnam.

Passage obligé pour certain, tricherie pour d’autre, la retouche photo reste un sujet qui divise à l’heure où le numérique a remplacé l’argentique et où l’informatique est devenue l’un des éléments essentiels du monde de la photographie.

Plaidoyer de la retouche

Prendre une photo c’est aplatir l’instant, lui fait perdre de la profondeur. Les photos, en l’état, n’auront que rarement la force du souvenir. Retoucher une photo c’est essayer de retrouver cette magie du moment. Les couleurs, les contrastes et la profondeur qui nous ont donné envie d’appuyer sur le déclencheur.

L’appareil  photo est une machine qui ne propose qu’une interprétation de la scène. Entre les réglages, l’objectif et le traitement du logiciel interne, le fichier brut affiché sur l’écran sera déjà différent de ce que l’on aura eu sous les yeux au moment de prendre la photo et ne représentera déjà plus la « réalité ».

Enfin, si on associe la retouche à l’apparition du numérique et s’il faut reconnaitre que cette période a marqué la démocratisation des différentes techniques, on ignore souvent que cette pratique est vieille comme la photographie. Il y a une centaine d’années déjà on grattait les négatifs, on peignait sur l’image et on laissait le clichés quelques secondes de plus dans le révélateur pour augmenter le contraste, pour en forcer un peu le trait.

Mise en situation

Mui Ne, sud du Vietnam, je viens de parcourir huit kilomètres à pied pour rejoindre les fameuses dunes de sable rouge, longeant les plages de la station balnéaire. Deux heures de marche enveloppé dans une chaleur terrifiante, le long des routes, dans la poussière que les camions bousculent.

Quand j’arrive enfin sur le site, j’ai raté mon calcul, il est trop tard et la lumière décline. J’ai à peine le temps de parcourir les derniers mètres que déjà les ombres s’allongent, le soleil plonge derrière les courbes compliquées du désert miniature.

Je n’ai que quelques minutes pour capturer ce spectacle, le paysage en contre-jours, le ciel enflammé, les derniers visiteurs en ombre chinoise. Je zoom, définis ma mesure d’exposition sur le point le plus lumineux avant de faire mon cadre. Je ferme a 22, règle ma sensibilité à 100 iso. Je presse le déclencheur…

Résultat

Deux heures plus tard, dans ma chambre d’hôtel, je découvre le résultat :

  • J’ai été trop vite, raté mes réglages et la photo brute est trop exposée, bien plus que je ne l’aurais souhaité. Le soleil se perd dans une tâche blanche qui fait disparaitre la moitié du ciel.
  • Un autre exemple de mon empressement : j’ai oublié de fixer un pare soleil sur mon objectif. Résultat, un magnifique reflet parasite dans le coin gauche de la photo !
  • Dans ma tête, j’ai l’image parfaite des dunes immaculées, baignées par la lumière jaune du soleil couchant. La photo présente une réalité un peu différente, en plus du ciel pale, quelques papiers, une dizaine d’emballages gâchent la perfection de ma « carte postale ».

Il va donc falloir remédier à tout ça, réussir a l’aide de quelques manipulations à retrouver l’atmosphère du moment.

Développer le fichier RAW

Plusieurs articles sur internet vous expliqueront les bénéfices de la photographie en RAW, pour ma part j’ai un faible pour l’excellent plaidoyer de Madame Oreille (la photographie en RAW)

Ce qu’il faut retenir c’est qu’en théorie le RAW n’est pas vraiment une image, plutôt un condensé de données lumineuses. En pratique cela signifie que le RAW contient bien plus d’information que ce que l’image brute peut afficher et qu’il est possible, au moment du développement de récupérer ces informations.

Résultat après ouverture du fichier dans Photoshop et développement du fichier RAW : j’ai pu, en jouant sur les contrastes et les courbes récupérer une bonne partie de mon ciel et on arrive même à présent a distinguer la forme du soleil. Les dunes sont assombries et on s’approche déjà un peu plus de l’effet « ombre chinoise » de mon souvenir.

À ce stade on ne peut pas encore parler de retouche, dans le sens où je n’ai rien inventé, rien modifié, tout ce que j’ai réussi à faire avec ces premières modifications, c’est mettre en avant des informations qui était déjà présentes sur le cliché et qui donc, existaient au moment de la prise de vue.

Retrouver la force du souvenir

Ici commence le vrai travail de retouche, qui devrait permettre de courir un peu après la force de l’instant, de donner au cliché son caractère et son identité. Encore une fois, il ne s’agit pas de mentir, de tricher, mais simplement de retrouver un peu de ce qui nous a donné envie de presser le déclencheur.

On reste sur Photoshop et on enchaîne

  • Balance des couleurs et saturation pour retrouver le jaune brulant du coucher de soleil. C’est quelque chose dont j’aurais pu me passer si j’avais fait plus attention au moment de la prise de vue. Cette retouche me permet de rattraper un peu ma photo. Pour l’intensité, les couleurs et les contrastes, je m’accroche à mon souvenir, j’essaie de retrouver le ressenti du moment pour me rapprocher le plus possible de la réalité.
  • De nouveau un passage par les courbes pour renforcer « l’ombre chinoise », le contraste entre le ciel et les dunes. J’en profite aussi pour effacer le reflet parasite avec l’outil tampon.
  •  Rajout d’un effet vignette. Ici pas vraiment de justification. C’est très à la mode et parfois, rarement, j’aime bien faire comme tout le monde. La vignette permet de cerner l’action, de mettre le doigt sur le centre de l’image et d’en souligner la force. C’est aussi très agréable a l’oeil et aide souvent à la lecture de l’image.
  • Enfin, pour finir,  retour à l’outil tampon, je me débarrasse des papiers, plastiques et déchets sur le sol et c’est sans doute là mon seul vrai mensonge. J’aurais pu les laisser, mais je trouvais  dommage de gâcher une photo pour quelques emballages oubliés par une poignée de touristes distraits !

Conclusion

Rares sont les clichés qui ne nécessiteront pas au moins un passage par la case « luminosité et contraste ». Après, décider d’aller un peu plus loin ou vouloir en rester là, le choix vous appartient. Passage obligé ou tricherie, la retouche sera ce que vous en ferrez. Elle ne pourra de toute façon jamais vraiment jouer les baguettes magiques et il y a peu de chance d’arriver à obtenir une bonne photo en partant d’une mauvaise.

Pour ma part j’ai pu, en quelques minutes, sauver une prise de vue un peu légère, ce qui m’aura évité de parcourir une nouvelle fois le long chemin vers les dunes de Mui Ne et leur coucher de soleil fantastique.

Et vous quel est votre avis sur les retouches photos ? Avez-vous d’autres techniques simples et efficaces pour retoucher et/ou optimiser vos clichés ?

Rendez vous sur Ticket To Thaïlande et sur Ticket To pour découvrir les travaux de Gaspard Walter !

  

A propos de Julien

Créateur de travel VOX, j'ai effectué un tour du monde entre 2009 et 2010. Je souhaite faire de travel VOX un média participatif sur le thème du voyage et permettre aux voyageurs indépendants de trouver une source d'inspiration originale et alternative aux forums et autres guides papiers traditionnels ! Devenez reporter pour travel VOX et participez aux guides de voyage et au magazine en proposant un article!

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Comments
7 Responses to “Retoucher ses photos de voyage, par Gaspard Walter”
  1. Adil dit :

    Excellent article même si, si je peux me permettre, je trouve que tu as eut la main un peu trop lourde sur le vignetage .
    Adil vient de publier Le 50 mm alias L’OBJECTIF que l’on devrait tous avoir!My Profile

  2. John Doe dit :

    Article très intéressant, un petit bémol sur le fait de ne pouvoir pas afficher en plus grand les trois photos avant pendant et aprés retouche…. (ou alors je suis naze et j’ai pas réussi ^^)

  3. Article intéressant,
    Je travaille dans le design et il m’arrive d’utiliser les techniques que tu cites pour retoucher mes photos de voyage.
    Si par contre vous êtes débutant et que vous ne souhaitez pas vous prendre la tête, je vous suggère d’utiliser l’option « niveau » pour équilibrer les couleurs. Cette option à elle seule permet d’avoir un meilleur rendu.
    Ryan Lesacados@blogvoyage vient de publier Voyageons-nous pour fuir la réalité ?My Profile

  4. Julien dit :

    Merci John pour ton commentaire et pour ta suggestion
    Je vais voir comment améliorer la présentation de la chronique (avec un diaporama par exemple)
    A bientôt !

  5. NowMadNow dit :

    J’aime beaucoup quand un photographe prend le temps d’expliquer pas à pas sa méthode de travail…
    Alors comme ça, même d’excellents photographes peuvent aller trop vite dans leurs réglages? ;)

    NowMadNow

  6. Gaspard dit :

    @Adil : Effectivement, le vignetage est un peu fort, mais je trouvais le ciel trop « plat » et je voulais ajouter un peu de profondeur et un mouvement dans la photo. Après c’est très subjectif et il m’arrive effectivement de me lâcher un peu trop ;)
    (au passage 100% d’accord avec ton article sur le 50mm… un must have !)

    @NowMadNow : Les excellents photographes je ne sais pas, mais moi oui, il m’arrive d’aller un peu vite, surtout quand je suis pressé par le temps. Et puis il y a des scènes comme celle-ci ou la lumière est particulière (gros contraste ciel et sol dans cet exemple) et change très rapidement et ou il est facile de se tromper.
    En général j’évite d’adopter la logique « oh je corrigerais après » pendant mes prises de vue, mais c’est vrai que parfois c’est assez pratique.
    Gaspard vient de publier Les portes fermées de Hoi AnMy Profile

  7. En général je me contente de vérifier (sur Lightroom) le contraste, puis les niveaux sous Photoshop et enfin d’augmenter parfois un peu la vibrance des couleurs (en fonction de l’heure de prise de vue souvent).

    Mais ma règle intangible : ne pas aller au-delà du souvenir que je garde de l’instant où j’ai pris cette photo, retranscrire à l’identique ce que j’ai vu, pour ne pas trahir le lecteur.
    Un Monde Ailleurs vient de publier Magazine Repérages Voyages n. 5, en ligneMy Profile

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